Burn out et happy management : les dessous du néolibéralisme

Qu’est-ce que le burn out ?

Considéré comme le “mal du siècle”, il s’agit d’un phénomène ancien à la médiatisation récente. Le burn out est un terme désignant un état de fatigue émotionnelle, mentale et physique. Les symptômes sont nombreux mais ils se caractérisent généralement par un manque de motivation, un sentiment d’échec et d’incompétence dans le travail. Il peut être aussi accompagné d’une anxiété, d’un cynisme, d’une irritabilité, d’une baisse de confiance en soi, ou dans le pire des cas, de pensées suicidaires.

Un syndrome ancien resté longtemps innommé

Jusqu’à très récemment, seuls les troubles physiques des travailleurs étaient documentés, laissant dans l’ombre la souffrance mentale et le mal-être dû à l’environnement professionnel. Le syndrome est nommé pour la première fois en 1974 dans un article du psychologue Herbert J. Freudenberger [1]. C’est alors une étape importante dans la reconnaissance du trouble : un praticien spécialiste de la santé mentale témoigne de sa propre expérience d’épuisement professionnel et met un mot sur cette souffrance. Décrit comme une combustion de l’individu, métaphore à l’origine du terme “burn out”, le psychanalyste explique :

Stigmatisations et négligence du phénomène

Malgré un accroissement important des cas de burn out², la question de la santé mentale au travail n’a pas encore été saisie par le droit. Suite à une proposition de loi de Benoît Hamon, l’Assemblée nationale française décide en juillet 2015 que le syndrome d’épuisement professionnel ne peut être reconnu comme une maladie professionnelle car jugé “trop proche” de la dépression. Une proposition similaire est également rejetée en janvier 2018, les opposants considérant le burn out comme un sujet trop “complexe”.

Caroline Janvier, députée LREM, affirme le lancement d’une “mission de réflexion (…) sans a priori ni dogmatisme” (extrait de la séance en hémicycle du jeudi 1er février 2018 sur le sujet de la reconnaissance du burn out en tant que maladie professionnelle / source : nosdéputés.fr)

Rapport culturel au travail et dangers du culte de la productivité

La réponse réside peut-être dans la façon dont nous percevons le travail. Notre vie est structurée par un besoin de s’accomplir personnellement, et le travail est, dans l’imaginaire collectif, le moyen prioritaire pour y parvenir. Une personne exerçant une profession dégradante ou mal payée sera toujours mieux vu qu’une autre au chômage. Notre culture diabolise les sans-emplois par une théorie selon laquelle le travail est rare, donc sacré et mérite un dévouement complet de nous-même.

“Morning routine” d’un influenceur LinkedIn.

Des nouvelles formes d’organisation du travail problématiques

Cette sacralisation que nous entretenons peut nous empêcher d’avoir un regard critique sur les véritables causes de la hausse des burn outs. Si l’on s’intéresse de près aux personnes les plus touchées par le syndrome, nous pouvons constater que ce ne sont pas celles en haut de l’échelle (cadres, dirigeants d’entreprise), mais plutôt les employés qui ont peu de liberté de décision.

Quelles perspectives pour le burn out ?

Le chemin est encore long pour les victimes du syndrome : entre les préjugés du corps médical, la stigmatisation, et le rejet du débat par la sphère politique, peu sont prêts à entendre qu’une activité professionnelle ne devrait pas être une souffrance. Par conséquent, il est nécessaire de réévaluer notre propre rapport au travail et de prendre du recul avec une culture toxique de la surproductivité.

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